III) Le mécanisme à l'œuvre (2) : la République démocratique du Congo, la guerre pour l'État à l'échelle régionale (2)
Mais Kabila hérite d'une coquille vide : l'armée zaïroise n'existe plus, les caisses sont vides et l'administration est en ruines. Dès que Kabila tente d'affirmer sa souveraineté en exigeant le départ des troupes rwandaises en juillet 1998, le Rwanda et l'Ouganda créent de nouvelles rébellions à l'Est pour le chasser du pouvoir.
Aussitôt éclate la Deuxième Guerre du Congo, de 1998-2003, surnommée par certains chercheurs la « guerre mondiale africaine ».
Le conflit prend une dimension continentale : l'Angola, le Zimbabwe, le Tchad, la Namibie et le Soudan viennent soutenir Kabila, tandis que le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi appuient les rébellions ; le Rwanda et l'Ouganda, alliés à l'origine, en viennent même à s'affronter directement à Kisangani, en République démocratique du Congo.
Ces huit armées nationales étrangères s'affrontent directement sur le territoire congolais, dont l'État n'a pas d'armée nationale capable de défendre ses frontières, et donc d'assurer une fonction régalienne. Cet État est alors une coquille étatique : elle a les attributs de la souveraineté étatique extérieurement sans les posséder intérieurement.
L'État combat encore, appuyé sur les armées de ses alliés, mais il est aussi un butin économique, plein de coltan, d'or, de diamants, de bois précieux que convoitent les régimes étrangers voisins. C'est pour cela qu'ils se battent sur ce territoire.
Les seigneurs de guerre locaux et les armées étrangères occupent les zones minières, exportent illégalement les minerais et utilisent ces profits colossaux pour financer leurs troupes armées, privant l'État de ses recettes fiscales.
Kabila est assassiné par un garde du corps en janvier 2001, et son fils Joseph lui succède. En juillet 2002, le Rwanda accepte de retirer ses troupes après avoir signé un accord.
Le bilan humain est colossal : selon les enquêtes de l'ONG International Rescue Committee, environ 3,8 millions de morts entre 1998 et 2004, et 5,4 millions entre 1998 et 2007, années d'après-guerre comprises. D'autres chercheurs jugent ces chiffres trop élevés et retiennent des estimations plus basses, mais tous décrivent une hécatombe, due à la faim, à la maladie et au déplacement forcé bien plus qu'aux combats.
En RDC, la guerre ne ressemble en rien à un duel classique entre deux États souverains : c'est une guerre de rapine généralisée sur le dos d'un État impuissant, où le contrôle du territoire et des rentes minières constitue le butin du conflit.